Sire! On en a gros! Ici on va être sur un billet d’humeur plus qu’un dossier à proprement parlé, cet article se complète bien avec mon article sur les Ale Wives et les Stratégies des grands groupes (partie 1, 2 et 3) et se complétera avec un autre article à venir dont je ne dévoile pas le sujet encore.

Je reviens suite à une énième polémique sur une bière au nom légèrement évocateur et sexuel, qui fait qu’au bout d’un moment, ca devient compliqué de ne pas s’agaçer.

Bien entendu, je ne vais pas jouer les moralisateurs ou parler à la place des femmes, elles savent très bien le faire, ici on est pas sur du mansplaining mais plutôt sur le petit coup de gueule d’un consommateur agacé à la fois de la beaufisation de la bière, et de la manière dont on traite les femmes dans ce secteur (et bien sur je suis agacé sur la manière générale dont sont traitées les femmes partout).

Le sexisme à travers les âges de la bière

Bon, faut l’avouer, pour je ne sais quelle raison historique, on a toujours bien souvent relégué la femme au second plan voire pire, au point de leur voler leurs inventions, leur mérite et j’en passe….. Pourtant on a tout de même des sociétés, des tribus, des groupes d’individus, qui ont ou font encore de la femme un être égal voire supérieure…. Ces mêmes groupes qu’on pourrait qualifier de “non civilisé” alors qu’ils ont peut être un temps d’avance sur nous à ce niveau, un très gros temps d’avance!

Soyons honnêtes, nous les hommes on est de gros privilégiés, pas besoin de s’amuser à faire une liste, ou à comparer, c’est vrai, rien que sur le fait qu’on ne donne pas la vie, cela reste un avantage certain sur beaucoup d’aspects. 

Pour revenir à la bière en elle même, comme je l’avais évoqué sur le Ale Wives, la bière est un produit “féminin” à la base, c’est à dire que ce sont elles qui l’ont brassée depuis très longtemps, je vous parlais de ces femmes, mais historiquement ça remonte à bien plus loin, et ça, on y reviendra quand j’aurais terminé tous mes livres pour vous raconter l’histoire de la bière et du coup l’importance de la femme. 

Au moment où l’industrialisation et la capitalisation a pris le dessus, les hommes ont décidé, pour changer, de virer les femmes de l’échiquier et de se garder la part belle, au point qu’une femme brasseuse, devienne une aberration alors que durant des siècles, ce fut quelque chose d’on ne peut plus courant…. En peu de temps, l’image de la femme via la bière a été éradiquée….. Sympa non?

Mais attention, la femme n’a pas pour autant été effacée de la bière, non, c’est devenu celle qui achète la bière pour satisfaire son petit mari, en tant que femme idéale (et au foyer hein!), pour le réconforter de sa dure journée de labeur, en lui amenant sa bière et ses pantoufles….le rêve de princesse quoi!

On ne compte plus les pubs sexistes à ce sujet, c’était la mode à l’époque (comme disait grand-pa Simpson), mais, sur le plan de la bière, ce n’était jamais vraiment vulgaire et “beauf” c’était juste sexiste et ancré dans les mœurs de l’époque.

« C’était la mode à l’époque »

Quand la femme a commencé enfin à se faire entendre, on a vu un marché potentiel, et tous les industriels s’en sont donnés à cœur joie, le développement des produits féminins, sans compter les clichés pour complexer celles-ci et les inciter à acheter des produits pour ressembler aux icônes de la mode en vigueur, a été un catalyseur pour les brasseurs industriels qui y ont vu une nouvelle clientèle. 

Comme la taxe rose, on a fait la bière rosée, la bière de fille, sucrée, la Kriek, et j’en passe et des meilleures, alors que bon…. Ces bières existent depuis toujours, et sont bues par tous les genres, il y a même des bières Allemandes sucrées qui ont bravé la loi de pureté Allemande à sa création pour continuer d’exister, c’est vous dire que les gars n’ont rien inventé, et genrer la bière est juste une stratégie marketing, certes maline en soi, mais qui a largement fait son temps.

Pourquoi je dit que la stratégie est maline? N’y voyez pas une acceptation de leur stratégie, mais plutôt un constat venant du fait que l’image de la bière a été tellement effacée des mœurs féminins que celles-ci n’en buvait plus, c’était la boisson des hommes, faites par des hommes, il a donc fallu effacer toute la merde faite auparavant, pour ramener du coup les femmes sur la bière en lui donnant une image séduisante basée sur les clichés en vigueur.

Mais bon, tout se sait un jour, et les choses ont évoluées fort heureusement

Petit graphique de Carol-Ann de Hoppy Hours qui résume pas mal certaines choses

Quand les femmes se rebellent pour de bon

Alors on le voit aujourd’hui, les mouvements #metoo #womendobeer, les Pink boots (groupement de femmes brasseuses), les Beers without Beards, et même les stats de brasseuses par rapport au nombre de brasseries, changent considérablement la donne.

Les différents scandales, de base partis sur la surmédiatisation de ce cher Weinstein ont permis de libérer la parole, grâce aux réseaux sociaux (oui les méchants réseaux sociaux là, nouveau maux depuis le Rock’n Roll et le Communisme), et du coup, les répercussions et les prises de conscience ont progressées à toute vitesse.

Force est de constater, que nous, hommes, avons été élevés dans un environnement patriarcal, ce qui fait que certaines choses ne nous ont pas sauté aux yeux de suite, la libération de la parole a permis, pour les moins bêtes de prendre conscience de l’environnement dans lequel ils évoluent, et ont été éduqués, mais aussi de corriger des modes de pensées ou des attitudes qu’ils n’évaluaient pas répréhensible la faute à une parole souvent cadenassée par la crainte.

Ce mouvement s’est éparpillé comme une traînée de poudre dans tous les secteurs, dont la bière, l’univers dans lequel ce site évolue, et, on peut voir que les femmes reprennent peu à peu du poil de la bête et ont pleinement leur place.

Aux dernières stats, il parait qu’une femme sur trois est brasseuse, je ne compte pas non plus les femmes qui travaillent dans des brasseries, sont journalistes, bièrologues et j’en passe, on a une recrudescence du genre féminin qui surgit et de mon avis personnel c’est une très bonne chose.

Loin de moi l’envie de m’attirer la sympathie féminine pour rentrer dans un soi disant “moule” du politiquement correct ou dans le détestable #notallmen, je parle de ce que je trouve normal, j’ai moi même commis par le passé des erreurs sans doute, sans m’en rendre compte, mais il faut savoir, je pense, apprendre et évoluer par rapport à ce qu’on vit autour de nous, et pas rester ancré sur ses positions pour lâcher des “on peut plus rien dire!” 

La bière n’est donc pas genrée, mais l’histoire a été arrangée, on le fait depuis toujours en négligeant des gens, par leur race, leur nationalité ou leur genre, et dans la bière, c’est la femme qu’on a mis de côté,  comme je le racontais en 1ere partie. 

Aujourd’hui, les femmes boivent de nouveau de la bière, et de la bonne bière, pas de la bière aux fruits et colorée, non de l’IPA, de la Imperial Stout, des Sour etc… bref, des bières puissantes et aromatiques bien souvent!

Après tout, ca ne m’a jamais étonné, on aura beau faire les bonhommes, quand on voit ce qu’endure une femme à l’accouchement par exemple (et avant ET après, cf le post-partum), ne me dites pas qu’elle ne va pas supporter l’amertume d’une IPA ou la puissance alcoolique d’une Russian Stout à 14%, non, faut arrêter de prendre les gens pour des cons les gars. 

On retrouve désormais des mouvements comme les Pink Boots, des associations, des brasseries 100% féminines et de moins en moins de beaufitude, car si depuis des années on s’ennuie à redorer le blason de la bière, l’image beauf et sexiste perdure toujours de temps en temps, et ça, ce n’est pas la faute à la bière, mais des gens qui la fabrique et sont restés bloqués au siècle dernier. 

Les mecs qui font ou valident les bières sexistes de nos jours ils sont comme ca en vrai

On en a plein le c** des bières de beauf

Si je vous parle de tout cela depuis le début, c’est pour justement pousser un coup de gueule.

Si dans la fin des années 90 ou début 2000 on pouvait trouver des bières à connotations sexistes, comme des Levrette et j’en passe, elles ont fait leur beurre sur des jeux de mots graveleux, et un marketing puissant basé uniquement sur leur beaufitude et pas sur la bière elle même.

Leurs bières sont basiques, bonnes en principe, mais classiques, non, ici tout est basé sur l’étiquette et le nom, le but est de vendre une image à des beaufs, pas un produit correct justement.

Souvenez-vous l’époque où on allait dans des magasins comme Soho pour acheter le verre du quarantenaire, la tasse à café nichon, ou la paille bite pour amuser la galerie? Et bien ce genre de bière ne peut qu’être vendue dans ce type de magasins pour moi, pas en cave. 

Certes, les mœurs de l’époque étaient différents, ils agacaient déjà mais avec la mouvance de la libération de la parole des femmes et la révolution brassicole, on ne peut pas dire que ce genre de bière pouvait encore faire surface… et pourtant….

On en retrouve encore des irréductibles qui persistent à lancer des bières avec des noms à la con comme ça, pardon si je suis vulgaire dans cet article mais ça reflète aussi mon agacement de ce genre de choses.

Ils sont plusieurs à faire ce genre de chose, et je n’en ferais pas de pub car pour moi ils ne le méritent pas, mais à un moment donné, les gars, vous réfléchissez 5 min? 

A la limite, les gars vous disent que c’est de la provoc’ et qu’ils assument, OK, vous êtes des raclures, mais vous assumez, mais là c’est surtout que la plupart d’entre vous n’assumez pas un brin les choses.

Vous jouez à mort sur la beaufitude de votre produit, le nom, jusqu’à la forme du verre, et quand les gens vous tombent dessus, que ce soit des femmes outrées, des mecs outrés, mais aussi des consommateurs et amateurs blasés, vous n’assumez rien, vous supprimez les mauvais commentaires, vous allez dire que “des femmes ont accepté et rit du projet alors pas de soucis”, alors qu’on a tous pigé que vous avez demandé à vos épouses qui n’ont pas voulu vous offenser et vous laisser faire votre truc…. Et pire encore, vous allez pour certains abrutis finis, jusqu’à harceler comme un bon troll des familles, des femmes qui vous disent que ce que vous faites leur porte préjudice, via des insultes et des images pornos….. Oui, oui, une camarade a bel et bien eu affaire à ce type de débile. 

C’est ça aussi le problème de ce genre de produits, on a affaire à des gens qui ont soit sorti le truc pour juste provoquer et faire du pognon (coucou les bières “vaginales, on vous voit), soit vous avez ceux qui sont partis sur un jeu de mot sous couvert de l’acceptation d’un échantillon acceptable de leur entourage, c’est à dire les gens dans leurs délires quoi…. 

On a même eu droit, à des bières dont l’étiquette, au fur et à mesure que la bouteille se vide, dénude la femme sur l’étiquette, comme avec le soi-disant saké qu’on vous sert au buffet Asiatique avec son petit verre qui laisse apparaître une personne nue dans le fond quand on vide le verre….. On a même des créatifs dans le genre! 

En général non contents d’un jeu de mot graveleux, ils deviennent limite insultants pour la gente féminine en rabaissant celle-ci et en visant quasi uniquement un public d’hommes (vous allez pas voir beaucoup de femmes prendre une bière qui connote une fellation). 

Pire encore, ils tentent de vains rattrapages en soutenant des causes féminines, mais ne se rendent même pas compte de leur connerie, du fait qu’ils ont carrément mis à mal la valeur ajoutée des femmes dans le milieu de la bière en tant que professionnelles car là encore, on les rabaisse via le produit sur lequel elles gagnent leur vie. Comment les prendre au sérieux si on continue à les foutre plus bas que terre et les prendre pour des sacs à viande? 

Bien sur qu’on a des gens à qui ça plait, c’est comme les pubs de sorciers vaudous sur vos pare brise, vos spams ou les émissions de Hanouna, si ça existe encore, c’est que ça marche! Mais ce n’est pas parce que ça marche, que ça veut dire que ça se tolère, c’est juste que les gens qui apprécient cela sont imprégnés de cette culture mais ça ne sert à rien de les conforter dans leurs idées.

N’allez pas non plus sortir l’argument du “on peut plus rien dire”, je dirais que c’est surtout qu’on se rend compte aujourd’hui que tout est toujours allé dans un sens, un peu comme la brute du collège qui reste impunie longtemps car le gamin qui se fait maltraité accepte sa condition de victime, sauf que maintenant ça a changé, les gens en ont marre de se faire rabâcher à longueur de temps des vannes puériles, gratuites et vulgaires. On peut être drôle en mettant en boîte les gens, mais tout est question de contexte, et il faut aussi accepter de l’auto-dérision en retour, et ici, depuis longtemps une seule catégorie de la population a été celle qui a distribué les cartes, et donc les vannes, et à un moment donné, les nouvelles générations aussi se réveillent et se disent “ah mais appeler une bière par un nom de femme pour illustrer une pratique sexuelle c’est tout pourri en fait”! 

En fait tout le problème est là, on aura beau essayer de faire en sorte que la bière soit un produit de qualité, on aura toujours des gens qui feront leur argent sur des trucs de beaufs, et c’est triste parce que déjà ca mets en péril le travail des centaines d’autres brasseurs qui se sont ennuyés à se créer un nom, une identité sans aller dans la facilité déconcertante et gerbante de ces bières sexistes et beaufs, mais en plus, ils se mettent eux-mêmes en porte-à-faux car ils sont vus d’un mauvais oeil par leurs confrères qui voient en eux des opportunistes plus que des passionnés, et vu que le milieu regorgent de femmes, ils vont brasser leur bière vite fait, gagner un peu de thunes et ensuite dissoudre la société ni vu ni connu j’t’embrouille.

Enfin, je vise particulièrement les gars qui fabriquent une bière et une brasserie qui tourne uniquement sur cela, je dirais que j’accepte mieux, à titre personnel, une bière parmi tout un tas chez un brasseur, qui a voulu s’amuser un peu avec une bière comme la Superfuck, la Trobonnix, ou encore la Chatte en feu, c’est pas forcément génial, mais ils ont au moins le mérite de proposer d’autres bières qui ne tournent pas sur le sujet, ca se fond dans la masse de leurs produits et ça passe un peu mieux. Mais quand une brasserie mise 100% de sa stratégie sur cela, c’est là que ca devient dur à avaler comme pilule.

On y revient toujours, ça reste du marketing, à une époque la bière c’était devenu un truc de mec, mais avec l’arrivée de la femme en tant que consommatrice, puis professionnelle du milieu de nouveau, il en a fallu peu pour que des Jean Fragile ne puissent pas affirmer leur virilité exacerbée à travers une bière qui leur parle à eux uniquement, alors hop, on va boire une bière qui parle d’une bonne gâterie, ou d’une pratique sexuelle, ou d’une femme tout court moquée pour ce qu’elle est, ça rassure l’abruti qui réfléchit avec son pénis et le brasseur lui soutire du pognon, sans trop se soucier de sa connerie directement. 

Non messieurs, quand vous voulez faire une bière, une marque ou autre, évitez d’aller dans le graveleux simpliste, si l’idée vous en prends, parlez en sur des forums et pas à vos copains qui approuveront en grande partie vos choix (forcément!), faites un produit original, avec une identité, mais pas comme cela, car non seulement ça n’apporte aucune saveur, mais ça ne vaut pas mieux que des bières industrielles, qui ont au moins le mérite de ne pas ou plus jouer de l’image sexiste de la bière car ils ont compris que les mœurs ont changés et que ce qui fait vendre, c’est la qualité (enfin ils essayent!). Citons en exemple parmi d’autres, la dernière pub de Heineken ou encore la campagne de Budweiser qui a décidé de remettre au goût du jour ses anciennes pubs sexistes des années 50.

En conclusion

Je suis quelqu’un qui adore rigoler, j’ai de l’humour et tout peut me faire rire en général, toutefois je pense que certaines choses doivent être justement changées. 

Je ne vais pas vous dire de quoi rire et avec qui, chacun est libre, je considère juste que l’humour doit se faire dans un contexte qui fait que personne ne doit s’en offenser, mais pour cela il faut avoir l’auto-dérision en soi, pour pouvoir aussi prendre un retour de bâton, même si cela reste fait pour amuser. 

Il y a quelques années, avant que la révolution brassicole batte son plein, et que les mœurs changent, j’aurais ricané sur ce genre de choses, car moi même je n’avais pas pleinement conscience des conséquences que cela avait, et surtout la bière n’avait pas entamé son virage actuel. 

Après tout, c’est une question de prise de conscience, et en partie de génération, mais on est aujourd’hui à l’aube d’une sorte de nouveau monde, celui laissé par ceux avant nous qui ont bien entamé le bordel dans lequel on se retrouve tous désormais, et qu’on a nous même fait perdurer égoïstement sans trop faire attention. 

Mais maintenant c’est terminé tout cela, et au delà même du préjudice fait à la bière et aux femmes qui sont dans le milieu brassicole, des bières sexistes ça ne doit plus exister car ça n’a plus rien de drôle, et vu le marché, c’est une aberration en terme d’image, et c’est tout sauf pris au sérieux par le milieu et puis sincèrement, on sait très bien que vous ne faites pas cela pour assouvir une passion, vous faites cela pour générer du pognon facilement sans vous prendre le chou à faire un produit original avec une identité visuelle propre. 

D’ailleurs au passage, le Syndicat des brasseurs indépendants a lui même lancé un communiqué dénonçant ce type de pratiques. Et en Angleterre, des festivals ont interdit toutes les bières sexistes que ce soit de par leur nom, ou leur communication via la Camra (Campaign for real Ale). 

Bref, vos bières de beauf, si vous pouviez vous les foutre ou je pense et arrêter de les fabriquer, ça ferait du bien à beaucoup de monde… il y a un tas d’exemples, j’ai parlé de certaines d’entre-elles brièvement, mais je ne veux pas leur faire de publicité, donc à vous de taper les bons mots clés pour les trouver. 

Et si cela vous ennuie, ou vous agace ce que je dis, allez donc voir des brasseries qui fonctionnent du tonnerre et qui ne jouent absolument pas sur l’opportunisme de ce genre de chose, vous verrez que si on en a justement dans la tête plutôt que dans le pantalon, on peut réussir son entreprise… si vous avez des doutes, allez demander aux concernées, des comptes comme Pépites Sexistes nous prouve quotidiennement que ce genre de connerie existe encore et toujours.

Petit bonus : le communiqué du SNBI à ce sujet justement

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