Aujourd’hui j’avais un peu de revenir sur une actualité de ce début d’année, le Label France pour les bières, créé par Brasseurs de France.

Alors déjà Brasseurs de France en gros c’est qui? Et bien c’est un collectif regroupant théoriquement, tous les brasseurs français, souhaitant y adhérer bien entendu, en vue de promouvoir la bière et dynamiser son secteur. Pour vous faire les grandes lignes on va dire.

Cette association n’est pas nouvelle, elle date de 1880, autant dire qu’ils ont de la bouteille, d’autant qu’ils étaient le seul groupement actif jusqu’à il y a peu (sauf erreur de ma part).

Sur le principe l’idée est bonne, d’autant que tout ceci date d’il y a plus d’un siècle, mais pourtant, le secteur a changé depuis sa naissance.

Nous avions un grand nombre de brasseries en 1880, mais la succession des guerres a eu raison des brasseries locales, et seules les plus solides sont restées debout en se regroupant petit à petit pour devenir les grands groupes industriels que vous connaissez tous (AB-Inbev par exemple).

Bien sur, même si le secteur s’est presque Oligopolisé jusque dans les années 80, le nombre de brasseries tourne autour des 1 200 brasseries à ce jour, et même si la masse totale représente un effectif composé à 95% de micro brasseries artisanales, elles n’atteignent que 5% du marché global détenu par les grands groupes, présents au sein de Brasseurs de France depuis très longtemps.

 

Mais pourquoi Brasseurs de France n’est pas bien aimé par les “petits” ?

Le problème de Brasseurs de France c’est que celui-ci est composé de grands groupes industriels dont l’activité, bien que le produit de base se veut le même, est totalement différente des plus petits. Une bière industrielle, sera toujours différente d’une bière artisanale, et forcément, les actions divergent totalement et divisent les opinions entre les membres.

Le fait est, les grands groupes se révèlent être pesants sur les décisions (leurs votes valent 65% contre 35% pour les petites brasseries), écrasant les petits qui ne seraient pas forcément d’accord, et cela fausse au final le marché en lui même, car les grands groupes justement, se sentent menacés de plus en plus par la révolution brassicole actuelle et commence à racheter au fur et à mesure des petites et moyennes brasseries qui ont du succès comme on le voit aux USA et en Angleterre surtout.

Avec une telle pression de ces magnats de la bière industrielle, c’est le cas de le dire, les plus petits ont décidés de claquer la porte, et beaucoup sont partis en l’espace de plusieurs semaines. C’est de cet épisode qu’est né le S.N.BI, le Syndicat National des Brasseurs Indépendants, dont nous parlerons en détail dans un autre article.

Pour résumer, la présence de grands groupes industriels, appuyant leurs décisions sans tenir compte de l’avis des plus petits, a abouti à un ras le bol des petits brasseurs qui se sont tournés vers un Syndicat qui les représente beaucoup mieux : le S.N.BI et depuis une petite guerre entre ces deux groupes est née.

 

Le fameux Label France

On va partir d’une base toute simple, une création de label France, c’est une bonne idée dans le fond, elle permet au client de bien se repérer, de goûter un produit fait localement, ou tout du moins dans son pays, bref, c’est pas mal si on regarde la surface.

Maintenant si on regarde vraiment entre les lignes, ce label lancé par nos amis de Brasseurs de France dispose de clauses qui ont fait hérisser le poil des petits brasseurs et c’est peu dire.

Ce label dispose d’un logo “Profession Brasseur”, et le brasseur, justement, aura 420 critères d’évaluation pour avoir le droit de porter ce logo sur ses étiquettes, comme par exemple certifier que la bière est fabriquée, embouteillée dans une brasserie française, respecter les conditions d’hygiène etc…

Vu sous cet angle ça semble cohérent, mais à la base, les petits artisans ont, depuis des années, quand ils étaient chez Brasseurs de France, poussés à ce que ce label soit créé, en vain, et c’est en claquant la porte et en se tournant vers un syndicat de brasseries artisanales indépendantes et surtout non industrialisées, que l’idée d’un tel label a pu aussi voir le jour….. Sauf que Brasseur de France a riposté avec ce label et comme ils ont des bras longs comme un embouteillage marseillais, la communication de leur propre label a supplanté celle du label des indépendants.

Du coup, on se retrouve avec 2 labels, et le consommateur va se retrouver perdu lors de son choix.

 

Pourquoi c’est le boxon?

Partons du label Brasseurs de France, l’opacité de celui-ci fait qu’un consommateur pourra penser qu’il achète un produit artisanal français, alors que celui-ci est industriel et appartient à un groupe qui n’est pas du tout français. De même une bière à façon, pourrait se voir affublée de ce label et donc tromper le consommateur et c’est très ennuyeux…

De plus, ce label n’étant finalement qu’une riposte au fond, de ce groupement face au SNBI et la révolution brassicole en cours qui voit Brasseurs de France comme le diable en personne, on se rends compte que ce label désigne les débuts possibles d’une création de diplôme de brasseur qui deviendrait obligatoire pour monter sa brasserie.

Même si rien n’est fait, on sait que cette idée de diplôme obligatoire est dans les cartons, et vise à renforcer un peu plus les barrières à l’entrée pour les plus petits, mal vus par les industriels qui se font voler des parts de marchés par des bières fabriquées par des autodidactes dans leur salle de bain ou leur cuisine. Pourtant ces autodidactes sont les meilleurs, et les plus créatifs, le fait que les barrières à l’entrée pour être brasseurs sont fines, ça laisse la possibilité aux petits de se lancer dans l’aventure, tandis que l’établissement d’un diplôme obligatoire, aurait tendance à ralentir considérablement le mouvement tant est si bien que les gens seront découragés.

 

Mais un diplôme de brasseur c’est bien non?

Alors, et ce n’est que mon avis, c’est très bien, et ça existe. Brasser est un exercice facile sur le papier, mais c’est un vrai travail quand on veut approfondir ses créations et si on veut tirer son épingle du jeu, il faut être créatif, rigoureux et perfectionniste, mais c’est avant tout une question de passion plus que de business, même si lié les deux est forcément logique, on veut tous vivre de notre passion.

Du coup, des formations existent et sont relativement bien notées, mais vous pouvez aussi être brasseur sans pour autant disposer de ce diplôme, on est toujours dans un univers relativement peu codifié par rapports aux univers du vin et des spiritueux.

Maintenant un diplôme est super, ça encourage des passions, ça permet à beaucoup de se lancer avec des bases solides ou un suivi qu’ils n’auraient peut être pas su avoir en étant seuls, mais rendre cela obligatoire, ce serait une catastrophe.

A ce moment là, faisons des diplômes pour tous les métiers, freinant ainsi la création d’entreprises, plutôt moyen pour une France qui se dit en ce moment “startup Nation” non?

Vous l’aurez compris, je suis pas vraiment d’accord pour que ce diplôme soit un passage obligatoire pour ouvrir une brasserie. Mais je suis d’accord pour instituer des normes visant à fournir un produit de qualité (normes d’hygiène par exemple).

 

Et un label Indépendant ?

Le SNBI est un syndicat ou les membres se reconnaissent mieux que chez Brasseurs de France, ils sont tous plus ou moins locaux, et ont des aspirations plus modestes et surtout une volonté d’allier une passion à un business, et non pas satisfaire des actionnaires.

Bien sur que tout le monde veut vivre de son métier, et je reviendrais très prochainement sur ce fameux débat du “faut il vendre à des industriels” qui se voudra assez mouvementé je pense car il mets en opposition des choses qui font sens mais qui dénotent d’un état d’esprit, et ça en devient compliqué d’argumenter le sujet au final.

Pour revenir à nos moutons, le SNBI lutte depuis des années sur les bières mensongères par exemple, du coup fournir un label permettra aux consommateurs de ne pas se faire piéger. Le label proposé par le SNBI a pour but de montrer à l’acheteur que sa bière est artisanale, faite sur place, n’est pas composée de produits chimiques, d’additifs, pas brassée en dehors du pays etc… ça ressemble un peu au label des BDF sur un certain angle, mais sur un autre, ça montre surtout que la bière que l’on a en main est ARTISANALE, et ça c’est très important.

Ce n’est pas non plus pour rien que seul le SNBI semble lutter pour des étiquettes avec des mentions obligatoires qui permettront au consommateur de ne pas se faire piéger, comme on peut le voir avec la Cagole par exemple (pour ne citer que elle), nous en avons parlé, mais nous en reparlerons encore sous peu.

 

En conclusion

Ce petit article un peu long est avant tout une réflexion, je manquais de temps et le but du blog est aussi de partager ses expériences et ses ressentis. Sur ce sujet, je dois avouer que BDF est une grosse machine bien huilée, et les plus petits vont avoir du fil à retordre pour se faire entendre, mais les petites brasseries ont quand même une voix qui se fait porter, la révolution brassicole ennuie les plus gros, et on peut voir que les grandes brasseries tentent péniblement de s’adapter à travers le rachat de petites brasseries comme aux USA ou en UK, en rachetant des sites comme Saveur Bières, ou Ratebeer, ou encore en faisant passer leurs grandes marques pour des bières artisanales en parlant de houblon (alors qu’ils n’en parlaient jamais avant), en créant des styles jamais exploités (oh les jolis IPA dans les rayons de Carrefour).

Bien sur, moi je suis pour le SNBI je suis honnête, je n’ai rien contre BDF dès lors qu’ils ne tentent pas de faire du tort à des gens qui ne veulent pas leur voler du chiffre, mais juste proposer une alternative de qualité et locale.

Les mœurs ont changées, de plus en plus de gens veulent déguster une bière artisanale, et vont taper dans l’industriel au cours de soirées festives, pour un déménagement etc… bien que ce ne soit pas forcément toujours le cas, en général on tape dans l’industriel quand on a que ça sous la main dans un concert, dans un stade, ou pour des événements ou la bière servira de support social plus que de dégustation car les participants ne seront pas là pour déguster une bière mais pour autre chose.

Du coup, un label bière c’est une très bonne idée, oui, mais un seul suffit, et il doit montrer au consommateur ce qu’il a entre les mains, et j’ai peur que créer 2 logos distincts, ne prêtent à confusion, et détériore l’image de la bière en général.

 

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