Chers amis et chers marseillais qui me lisent, j’avais fait un article sur mon amie Vanessa de Fietje, et je voulais continuer sur ma lancée pour présenter les cavistes et bars crafts de la région, enfin, surtout les gens derrière ces lieux et cette fois-ci je voulais vous présenter un bar assez récent chez nous : La voie Maltée !

 

Ce bar a ouvert dans le très sympa quartier du Cours Julien, même quartier que Fietje et Malt (dont nous parlerons aussi bien entendu !), juste à côté d’une salle de concert bien connue des marseillais, l’Espace Julien.

J’ai rencontré Mathieu par hasard chez ma meilleure amie, celui-ci me parlait de sa passion pour la bière artisanale et les Offspring, mon groupe préféré étant ado (et aussi un de mes premier site), le courant est bien passé et assez rapidement il me parle de son projet de bar.

Quelques mois plus tard, je découvre ce bar, je me rends d’ailleurs à son inauguration et je découvre un lieu vraiment très sympa, dans une rue animée, et piétonne, on a ici un lieu plutôt grand, doté d’un grand nombre de becs pression et de bières bouteilles, sans parler des bières 100% pour le bar brassée par des brasseurs du coin et leur petite mascotte, le Goupil, on est ici sur un bel endroit qui a son identité propre et c’est ca que j’aime.

Cet endroit a tout comme Fietje, un truc que j’aime dans des lieux, une identité liée aux gens qui sont derrière les comptoirs / bars, d’où ma volonté de vous parler des « humains » et pas des lieux uniquement, et c’est sans doute pas anodin avec une compagne ethnologue de formation et un chat noir appelé Ethno… ^^

Mais pour en parler, quoi de mieux que de laisser nos amis en parler eux même ? J’ai donc fait une petite interview et je vous laisse le soin de découvrir nos goupils marseillais !

 

Mais vous êtes qui vous ? 

On est 2 associés, Mathieu et Artak. On est amis de longue date mais on n’a pas du tout le même parcours ! Artak tenait depuis 11 une brasserie familiale sur l’avenue de la Corse (le « 26 Café »), il est du métier depuis longtemps, dans un domaine plus orienté sur la restauration, et organisait ponctuellement des événements comme des concerts ou des expos. C’est un dessinateur talentueux, et il s’occupe souvent de réaliser nos artworks : dessins, aquarelles… De mon côté, j’ai suivi un parcours plus universitaire qui ne me destinait pas forcément à finir patron de bar ! En gros, j’ai fait un Master de Droit et obtenu mon CAPES de Français dans la foulée. J’ai par ailleurs bossé des années en bar/brasserie pendant mes études, ce qui m’a permis de me faire une idée de l’envers du décor. On se complète parfaitement : il a une vision assez pragmatique et pratique du métier, tandis que j’interviens au niveau de la gestion d’ensemble du projet, de l’administratif au juridique en passant par le comptable.

 

Depuis combien de temps vous vouliez monter ce bar ?

Pour être honnête, c’est un texto qui a tout déclenché ! Un ami m’a écrit : « Tu sais, cette blague que tu fais souvent, de dire qu’un jour tu auras un bar ? Eh bein y’a un local qui se libère à côté, ça vaudrait le coup que tu y jettes un oeil ». J’étais en voyage avec ma copine, à ce moment-là je venais d’abandonner l’enseignement, et c’est elle qui a m’a poussé. Sans elle, je n’aurais jamais eu le courage de me lancer ! Je suis donc allé voir ce fameux local et tout s’est enchaîné à une allure folle : les rendez-vous avec les différents intermédiaires, les banques, les avocats… Sans m’en rendre compte, j’étais pris dans cette immense machinerie dont on se demande si elle n’a pas été construite que pour écraser les moins tenaces ! J’avais absolument besoin de m’associer pour continuer à progresser, et cela coïncidait avec une furieuse envie de changement pour Artak ; le timing était parfait !

 

Quelles ont été les difficultés rencontrées pour ouvrir ?

Comme je te le disais précédemment, la réputation d’impénétrabilité de l’administration Française n’est pas usurpée! Je me suis heurté à des absurdités complètement démentes à presque toutes les étapes du processus de création : depuis le montage du dossier de prêt avec les banques jusqu’à l’obtention de la licence, en passant par notre dossier perdu par le greffe et les fameux statuts de société en « coquille vide »… Putain rien que d’y repenser, j’ai envie de me mettre en boule dans un coin et d’écouter du Mano Solo. Alors même si l’on ne peut pas nier qu’il existe certains leviers gratuits et bien organisés pour favoriser l’entreprenariat chez les moins de 30 ans (je parle notamment de l’accompagnement par la Chambre de Commerce ou de dispositifs comme le NACRE), force est de constater que TOUT (et j’insiste bien sur le TOUT) est d’une complexité déprimante, surtout lors de la création de ta société : tu ne peux pas valider ton dossier auprès du greffe sans tel papier de la banque, mais la banque ne peut pas te donner ce putain de papier si ta société n’est pas créée; ce genre de trucs absurdes c’est ton quotidien quand tu te lances ! C’est hyper décourageant, heureusement que j’avais une amoureuse, des potes et de la famille pour me soutenir. Paradoxalement, le propriétaire, les voisins, les autres commerçants, tout le monde nous a acceptés et accueillis à bras ouverts dans le quartier, on n’a eu aucun problème à ce niveau-là ! Quand on sait comme certains voisins peuvent nuire aux activités commerciales dans certains quartiers, et notamment le notre, on peut s’estimer chanceux.

 

Quels sont vos projets pour le bar ? (un second bar, ou d’autres projets autres comme la musique, brasser sur place etc..)

Pour l’instant, on pense surtout à pérenniser le bar et notre clientèle ! On n’est que deux, donc c’est un boulot monstre, et on n’est pas dupes : on a beau travailler comme des porcs sans compter nos heures de travail, on a beau se démener pour organiser régulièrement des événements originaux et variés (concerts, soirées tattoo, Tap Takeovers…), on a beau avoir du flair et de l’audace, la réussite de la première année est en partie due aussi à l’effet de nouveauté. Et ça, tout le monde sait que c’est éphémère ; à nous de nous sortir les doigts du cul pour que cette aventure dépasse le simple effet de mode. Pour ce qui serait d’aménager notre spectre d’activités, là où ça coince, c’est le manque d’espace ! C’est sûr que j’adorerais pouvoir brasser notre propre bière, mais la logistique nécessaire pour le faire sérieusement est vraiment trop énorme, on ne pourra jamais faire ça au bar. Et puis c’est une expertise qui nous échappe encore, c’est pour ça qu’on préfère collaborer de manière ponctuelle avec des brasseurs : je suis pour la répartition des compétences, chacun son domaine ! Par contre, on vise de plus en plus haut avec nos concerts ; en l’espace de seulement un an, on a réussi à faire venir des artistes d’exception : David Ledeunff (Hocus Pocus), Léo Achenza (Raspigaous), DJ Djel (Fonky Family), et pour notre anniversaire, on s’est fait le plus beau des cadeaux en invitant le mythique Gérard Baste des Svinkels, c’était absolument incroyable ! J’ai une immense fierté aujourd’hui, celle de me dire qu’on a bien fait de privilégier la qualité à la quantité. Ca a donné une crédibilité de ouf à notre établissement. Franchement, je pense qu’il n’y a pas beaucoup de bars qui peuvent se vanter d’avoir fait venir des artistes de cette trempe la première année. Notre objectif maintenant c’est de continuer sur cette lancée pour arriver à programmer des artistes encore plus lourds ! Quoique, plus lourd que Gérard Baste, ça va être dur, haha !

Comment vous sélectionnez vos bières ? (feeling, démarches de distributeurs, blogs de bière, etc..)

Alors là, c’est assez simple : la plupart du temps on va fouiner (ou « renarder » si tu préfères) dans les catalogues de nos fournisseurs, qui sont en perpétuelle évolution. C’est surtout eux qui en amont vont défricher les nouveaux talents, les brasseries à la mode ou à contre-courant, avec une vraie éthique produit. Le truc c’est qu’on ne peut que rarement passer en direct avec les producteurs, pour des raisons évidentes de logistique : il faudrait commander de très grosses quantités d’un même produit pour que ce ne soit pas un gouffre financier, et on n’a nulle part où stocker ça ! Ce sont nos différents fournisseurs qui absorbent tout ça en amont, et qui peuvent ensuite dispatcher. Il n’y a qu’avec de rares micro-brasseries qu’on peut se permettre de sauter cette étape, et elles sont toutes basées dans le département. Pour être honnête, on n’est pas fans du tout de la hype et du snobisme qui polluent la bière. Les sites de notations du genre « Untappd » ou « Ratebeer » ça nous fait vraiment chier, depuis quand est-ce que tu rentres dans un bar avec l’objectif de noter ce que tu bois et de le prendre en photo ? Les gens n’ont tellement plus rien à se dire qu’ils en arrivent à de telles extrémités ? Pour moi, c’est des mecs qui ont oublié qu’il n’y a encore pas si longtemps ils buvaient des « 1664 » en soirée comme tout le monde. Et attention, je ne fais surtout pas l’apologie de la grosse industrie hein, mais il ne faut pas avoir la mémoire courte et oublier d’où on vient. Je chéris le souvenir (qui parfois reprend vie le temps d’un soir) de mes vagabondages sur la Plaine et le Cours Ju avec une canette de « 8.6 » à la main.

Donc quand on choisit, c’est aussi beaucoup au hasard : un nom qui claque (parce que ça compte quand même vachement), un joli logo, un style original, mais aussi en fonction des demandes de notre clientèle ; on a souvent des curieux, des profanes qui nous posent plein de questions et qui nous orientent inconsciemment vers des trucs qu’on n’aurait jamais pensé acheter !

On essaie juste de garder comme ligne de conduite la désacralisation du produit ; faut quand même pas oublier que ça reste de la picole, en dépit du fait qu’on sache en parler et l’apprécier.

Des futures bières « maison » Goupil encore à venir ?

Nos premières bières brassées en collab’ ont été de francs succès ! On a commencé avec la « Goupil’s » et la « Foxy Family » avec Pierre Soulet, un copain : c’était de tout petits volumes (à peu près 300 bouteilles) et ça ne tenait pas deux semaines. On a réitéré avec la « Lang Depütt » brassée pour le lancement de la marque « Dr Lang Depütt », c’est des potes à nous et on s’est marrés à élaborer la recette à base de gingembre et de poivre noir Tibétain… Le slogan c’était « une bière aux effets mystiques », haha ! Au début on voulait mettre de la jusquiame noire dedans, vu que c’est une truc qui pousse au tibet et que ça sonne bien, mais on s’est rendu compte que c’était interdit parce que c’est toxique et que ça provoque des hallucinations ! Puis quand Zoumaï a débarqué dans le game, on est tout de suite devenus très potes. On a la même mentalité, ils ne sont pas loin de chez nous et leur brasserie a ouvert seulement 3 mois après nous. On a alors eu l’idée d’une collab’ officielle avec un gros volume : on s’est lancés sur une cuvée de 1000 litres, une première pour nous. La bière s’appelait la « Kyubi IPA », c’est la communauté Facebook qui a choisi le nom après un vote qu’on leur a soumis, et on a embouteillé et enfûté tout ça. Durée de vie du brassin : 3 semaines, les gens se sont rués dessus, c’était incroyable ! C’était une belle IPA de type « west coast », assez résineuse et bien amère, on en est très fiers. En ce moment, on réfléchit d’ailleurs à la suite de cette aventure, parce que c’est certain qu’on ne va pas en rester là, on prévoit une nouvelle collab’ avec Zoumaï, certainement une jolie session IPA estivale…

 

Merci encore à Mathieu et Artak ainsi que toute l’équipe pour leur temps et leur accueil toujours chalereux au bar, si vous ne connaissez pas la Voie Maltée, allez donc y faire un tour, surtout qu’au Cours Julien vous avez toute une scène craft entre eux, Fietje le bar + cave désormais, Malt, le club de brassage de la Plaine et enfin la nouvelle venue dont nous parlerons plus tard, la Communale…. 🙂

 

Où les rencontrer? 

La Voie Maltée

7 rue Crudère

13006 Marseille

Page Facebook : https://www.facebook.com/lavoiemalteemarseille/ 

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