On a pas mal parlé des composants de la bière il y a quelque temps, comme le malt ou le houblon, et bientôt la levure le temps de finir mes recherches. 

Mais nous n’avons jamais abordé un des produit issu du brassage qu’est la drêche, et je parie que beaucoup d’entre vous n’ont, soit jamais entendu parlé de cela, soit jamais su qu’elle pouvait être son utilité. 

Et bien c’est ce que nous allons aborder dans cet article!

 

Déjà, c’est quoi la drêche au juste?

On va éviter de parler de l’étymologie du mot, personne ne la connaît vraiment, on y trouve des origines Allemandes, Anglo Saxonnes, Latines, Celtes, bref c’est un grand n’importe quoi! 

La drêche c’est en gros, la résultante ou plutôt les résidus issus d’un brassage ou d’une distillation. 

Dans le brassage, c’est le malt que l’on va utiliser, celui-ci va être concassé, moulu pour être incorporé dans une cuve avec de l’eau chaude pour obtenir ce qu’on appelle de la Maishe, on appelle cela l’empâtage. 

Une fois l’empâtage terminé, on va refroidir et  filtrer pour ensuite passer au brassage puis à la fermentation, et c’est durant ce processus de refroidissement qu’un dépôt, (à ne pas confondre avec le dépôt de levure qui vient après la fermentation), reste dans la cuve et n’a plus d’utilité théorique au brasseur, il s’agit de nos drêches. 

Pendant que le liquide filtré, est en ébullition, le brasseur va enlever les drêches, on dit familièrement qu’il dédrêche sa cuve. Les drêches ne doivent pas être houblonnées justement, car ne serait-ce que pour les animaux, le houblon a des vertus bien différentes que pour nous. 

Je vous ai fait le cheminement au plus rapide et le plus simple, mais en gros, la drêche c’est en quelque sorte comme quand vous coupez des planches et qu’il vous reste des chutes de bois. 

Ces “chutes” ou plutôt ici “déchets” sont bien souvent jetés car d’aucune utilité théorique pour le brasseur ou le distillateur (pour le whisky par exemple), qui lui n’est là que pour son produit. 

Que faire des drêches alors?

Vous avez 3 solutions, la plus basique, vous jetez ces drêches, autre solution, plus écologique, voire économique, vous conservez ces drêches, vous les stockez un court laps de temps pour les donner ou les revendre, enfin, si cela vous sert, vous pouvez en faire un compost pour en faire un engrais naturel idéal pour des champignons par exemple.  

Le brassage artisanal est un des porte drapeau du fameux circuit court qui fait la tendance dans la consommation actuelle, en plein essor écologique face à l’urgence climatique. Autrement dit, les brasseurs essayent souvent d’utiliser le moins de matières possibles qui soit d’une provenance trop éloignée. Bien entendu, ce n’est pas toujours facile compte tenu du fait que le houblon ne se trouve pas partout, et que certaines variétés ne sont disponibles que dans certaines zones dans le monde. 

Toutefois, ici, le brasseur désireux de faire une démarche jugée “propre” va par exemple donner ou vendre, selon son choix, ses drêches auprès des agriculteurs qui iront ensuite le donner à leurs animaux, comme le bétail ou les volailles.

Nombreux sont les agriculteurs qui récupèrent ces drêches, à commencer d’ailleurs par les fermes brasseries, mais dites-vous en gros, que ces drêches sont comestibles et votre brasseur peut donc générer un petit profit et rentabiliser un peu plus sa matière première. S’il le donne, c’est l’agriculteur qui fait des économies pour nourrir son bétail, ce qui n’est pas plus mal en ces temps de plus en plus difficiles pour les agriculteurs. 

Mais, pas tous les agriculteurs n’ont besoin de vos drêches, et parfois, vous n’en avez pas forcément près de chez vous, donc plutôt que de les jeter, vous pouvez les donner à d’autres personnes qui vont les recycler et les utiliser pour faire des produits comestibles pour l’homme, et c’est là que ça devient amusant! 

Manger les restes n’a jamais été aussi cool

Je caricature quand je dis les restes bien entendu, mais actuellement, de plus en plus de petites sociétés ont vu le jour pour récupérer ces drêches et en faire des produits comestibles. 

Dites-vous que pour 1000 litres brassés, on peut récupérer jusqu’à 300 kilos de drêches, ce n’est pas négligeable! Souvent les drêches sont données, certains les vendent, mais en gros, les brasseurs qui ne sont pas en milieux ruraux, donnent ces résidus de brassage à des petits malins, qui se sont multipliés en même temps que les brasseries, et ces petits malins ont de la suite dans les idées. Il faut dire que si vous voulez jeter vos drêches, dans certaines villes comme Paris, vous payez le recyclage, autant revendre ou donner ces déchets et faire dans tous les cas des économies.

La plupart du temps, les drêches sont converties en crackers, qui accompagnent les apéros, justement, et on en trouve de plus en plus en vente chez les cavistes. On peut citer par exemple citer Crackers Resurrection, Brew sticks, les Drécheurs Urbains, Happy drêche, Maltivor, etc… 

Mais on peut aussi s’en servir pour élaborer des pâtes, des nouilles, comme le propose Ramen tes drêches, par exemple. 

Vous pouvez vous aussi en demander à votre brasseur et cuisiner avec, faire du pain aussi, tout dépend de vos envies. 

La drêche c’est très bon pour la santé, c’est riche en fibre et faiblement calorique.

Certains ont même fait des meubles avec, un ébéniste a lancé Instead Furnitures en 2018, mais depuis visiblement la société n’a malheureusement pas fait long feu, tout les liens vers celle-ci aboutissant sur une page d’erreur…. Dommage car l’idée était très bonne! 

Enfin, vous pouvez également convertir les drêches en Biogaz, plusieurs sociétés s’y sont mises, la ville de Rennes par exemple utilise le biogaz. Evidemment, c’est écologique, mais compliqué, il faut la structure mais compte tenu des quantités de plus en plus fortes, c’est un véritable marché qui est à saisir, voire qui a déjà été saisi!

On est pas à la dèche de drêche

Quand je vous parle de recyclage de ces drêches ce n’est pas anodins, si pour 1000 litres on garde 300 kilos de drêches, imaginez cela en fonction des hectolitres brassés par chacune des 1600 brasseries du pays, et dans le monde, vous aboutissez à des millions de tonnes! 

Dites-vous que rien qu’aux USA, qui connaît pourtant une révolution brassicole depuis bien longtemps, l’ampleur du phénomène qui s’est accéléré avec l’éveil mondial de la bière, a fait passer les drêches de 10 millions à 35 millions de tonnes entre 2005 et 2010, soit 5 ans à peine! 

En France aussi, on est passé sur la période 2006 à 2010 de 50 000 tonnes produites à 500 000 tonnes, de quoi fournir assez de nourriture pour le bétail et des crackers pour tout le monde (et chauffer pas mal de pièces aussi au biogaz!).

L’afflux croissant de cette matière et la possibilité de la recycler est une bonne chose, bien qu’étant un déchet organique, elle permet de limiter l’impact sur l’environnement en se transformant de diverses manières. Il faut être honnête, brasser, même artisanalement a des lacunes écologiques, comme par exemple l’utilisation de l’eau, mais beaucoup de brasseries dans le monde veulent justement se démarquer des industriels en proposant d’agir en faveur de l’écologie, et ce, de différentes manières (récupération d’eau de pluie, utilisation de la chaleur, recyclage des drêches etc..) il est donc à prévoir que les drêches vont de plus en plus être utilisées et ce mot va se démocratiser de plus en plus auprès du grand public, soyez en sûr! 

 

2 Vidéos pour compléter cet article, et plus bas vous trouverez les sources, Cheers! 🙂

Sources

https://crackers-resurrection.com/

https://ramentesdreches.com/ 

https://www.happybeertime.com/blog/2018/04/16/5-bonnes-idees-recycler-dreches/

https://www.notre-planete.info/ecologie/dechets/methanisation-biogaz.php

http://technomaps.veoliawatertechnologies.com/biothane-anaerobic-technologies/fr/Brasseries.htm

https://www.franceinter.fr/emissions/social-lab/social-lab-07-avril-2019

https://vozer.fr/2018/11/20/happy-dreche/

https://www.agencecru.fr/chaises-ramen-et-cookies-la-biere-passe-en-mode-zero-dechet/

https://www.facebook.com/happydreche/ 

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